19 août 2009 Le 30 juillet dernier s’est achevé le 8ème Pangborn Sensory Science Symposium qui s’est tenu durant cinq jours à Florence, en Italie, et dont Vitagora était l’un des partenaires. Avec le congrès qu’organise l’ECRO (European Chemoreception Research Organization), et celui de son homologue américain, ce symposium est l’un des évènements majeurs dans le domaine de l’évaluation sensorielle. « Si le congrès de l’ECRO et son équivalent américain sont essentiellement tournés vers la recherche fondamentale, le Pangborn Symposium, lui, est davantage orienté vers l’application et nous permet, à nous chercheurs, de rencontrer les industriels », explique Benoist Schaal, le directeur du Centre Européen des Sciences du Goût du CNRS (CESG), qui a présenté une communication plénière lors de cet événement. Il s’agissait en fait d’une synthèse des résultats les plus récents des travaux qu’il mène depuis une trentaine d’années sur les « effets maternels », c’est-à-dire la façon dont les mères chez les mammifères, y compris chez l’homme, influencent le développement sensoriel, émotionnel et cognitif de leur descendance autrement que par la voie génétique. « Nous essayons en effet de comprendre comment les mères transmettent aux enfants des éléments d’information qui modèlent et modulent leur système perceptif et les mécanismes cérébraux », résume-t-il. Ces travaux ont permis notamment de montrer que dès la période de gestation, la mère transmet à l’enfant des informations, en particulier chimio-sensorielles, qui « sculptent » déjà les capacités olfactives et gustatives de l’enfant à venir. « Ainsi l’enfant a déjà en mémoire un certain répertoire d’odeurs qui lui sont familières et qu’il retrouvera ensuite dans l’environnement postnatal, plus particulièrement dans le lait maternel », indique Benoist Schaal. Véritable « éponge à apprendre », le cerveau de l’enfant va poursuivre cet apprentissage, ajoutant progressivement de nouveaux aliments à ce répertoire qui détermine des réponses adaptées par rapport aux stimulations de l’environnement, en particulier alimentaire. « Globalement, nous travaillons sur les bases nerveuses et chimiques de ces deux phénomènes afin de répondre à différentes questions : quelles sont les informations transmises par l’alimentation ? Comment sont-elles mémorisées et pour quelles durées ? S’agit-il d’un phénomène linéaire durant le développement du jeune enfant ou existe-t-il des périodes spécifiques, dites sensibles, durant lesquelles le cerveau absorbe davantage d’informations nouvelles » ? Aujourd’hui, l’équipe de Benoist Schaal est l’une des rares au monde, avec l’équipe américaine du Monell Chemical Senses Center de Philadelphie, à travailler sur ces thématiques. « Ce sont des travaux extrêmement lourds. Or le fait de bénéficier de financements publics nous permet de développer des recherches qui ne soient pas immédiatement transférables même si leur potentiel, à terme, est très prometteur pour les industriels », estime-t-il. D’où l’intérêt grandissant de ces derniers pour ces travaux. Les industriels semblent avoir pris conscience que les segments de la vie humaine ne sont pas homogènes et que parmi ceux-ci, celui de la période périnatale, de la prime enfance et de l’enfance sont très particuliers. « La vague quasi épidémique de maladies métaboliques comme l’obésité ou le diabète observée dès l’enfance depuis quelques années n’a fait qu’accroître cette prise de conscience des industriels qui s’impliquent plus généralement dans une démarche étique », observe avec enthousiasme Benoist Schaal.
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