24 juillet 2009 Au sein de FLAVIC (FLaveur, VIsion, Comportement du consommateur), une Unité Mixte de Recherche (Inra, AgroSup Dijon, Université de Bourgogne), Marie-Chantal Canivenc-Lavier mène des recherches dans l’équipe « Préférences et Comportements Alimentaires : formation et évolution », que dirige Sylvie Issanchou. Après avoir travaillé longtemps sur la thématique « perturbateurs endocriniens et cancer », au sein de l’équipe « Toxicologie Nutritionnelle » de l’Inra, dissoute au 1er janvier 2007 dans le cadre des restructurations de cet établissement public de recherche, cette spécialiste de l’endocrinologie et de la physiologie animale a intégré cette équipe dijonnaise. « Dans le cadre d’une recherche bibliographique en vue de l’élaboration d’un programme lancé dès 2005, je m’étais aperçu en particulier que le comportement alimentaire et les perceptions sensorielles étaient sous l’influence des oestrogènes et des androgènes, et qu’il existait des spécificités en fonction du sexe et de l’âge », explique-t-elle. Elle constate qu’il existe dans la littérature scientifique quelques exemples de perturbations du comportement alimentaire et des perceptions sensorielles causées par des perturbateurs endocriniens, mais peu de connaissances sur les mécanismes impliqués. Ces réflexions l’ont conduit à s’intéresser à l’impact d’exposition aux xénohormones sur le développement des glandes salivaires et des bourgeons gustatifs, deux organes-clés impliqués dans les perceptions sensorielles. Ainsi en exposant des rats à des xénohormones durant la période néonatale, Marie-Chantal Canivenc-Lavier est parvenue à modifier leur perception du goût sucré. « Ces effets sont obtenus dans des conditions d’exposition alimentaire. Il s’agit donc de faibles doses. Chez l’adulte, ils ne sont pas flagrants, mais les animaux juvéniles, et en particulier les mâles, ont une préférence accrue pour le sucré. Autrement dit, cela traduit une féminisation du comportement, les femelles ayant une plus grande préférence pour le sucré que les mâles », constate-t-elle. En outre, la structure des glandes salivaires de ces rats, prélevées à la suite de cette exposition aux xénohormones, présente des modifications. « Nous observons chez ces jeunes mâles des structures particulières du type de celles qui sont présentes naturellement chez les foetus. Autrement dit, il semble y avoir un ralentissement du développement de la glande salivaire. Il nous reste à présent à expliquer ces modifications et à voir si elles sont corrélées aux effets sur le comportement alimentaire ». C’est dans ce contexte que vient d’être lancé CIME, un projet développé dans le cadre du Programme National de Recherche sur les Perturbateurs Endocriniens (PNRPE) et porté par Marie-Chantal Canivenc-Lavier. « Nous allons poursuivre notre travail visant à mieux comprendre l’impact des xénohormones, lors d’expositions continues, sur différents organes associés au comportement alimentaire, et notamment la glande salivaire », résume-t-elle. Les travaux menés par Marie-Chantal Canivenc-Lavier sont d’autant plus importants qu’ils concernent plus particulièrement la sécurité alimentaire. En effet, imaginons un seul instant que des bébés qui absorbent une alimentation renfermant des xénohormones (phyto-oestrogènes, résidus de pesticides, plastiques…) puissent être orientés dans leurs préférences gustatives. Seules des études épidémiologiques pourraient permettre de vérifier s’il existe un risque d’augmentation de la préférence au goût sucré chez ces enfants. « Il est donc capital d’essayer d’en savoir davantage sur les effets potentiels chez l’enfant, même s’il s’agit d’une approche difficile à mettre en place », estime-t-elle. Ces travaux présentent également un intérêt pour les personnes âgées, les femmes en ménopause, voire certains patients, des populations différentes qui ont en commun d’être souvent confrontées au problème de sécheresse buccale. On sait que la chute des hormones ou une altération de l’équilibre endocrinien peut en être la cause principale, entraînant alors une moins bonne efficacité des glandes salivaires et de leurs sécrétions. « Des mesures de nutrithérapies visant à orienter l’alimentation de ces personnes vers des mets riches ou dépourvus, selon le cas, en phyto-oestrogènes par exemple, pourraient être envisagées afin de rétablir une composition et un flux salivaires nécessaires à de bonnes perceptions sensorielles. Mais avant tout, il est indispensable d’approfondir nos connaissances dans ce domaine », conclut la chercheuse dijonnaise.
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