09 juin 2015

De la fourche à la fourchette : de l’intérêt d’une démarche d’agroécologie pour les industries agroalimentaires. L’exemple de Barilla

Agroécologie. Crédits photo : Pexels.


L’agriculture intensive est bien souvent pointée du doigt comme étant impactante sur la préservation des ressources environnementales, la santé des agriculteurs, etc. La démarche agroécologique, comme le démontre par exemple la thèse de Nassima Ait Lahmidi réalisée à l’UMR Agroécologie de Dijon portant sur les fraisiers, permet, grâce à une meilleure connaissance scientifique des plantes et de leurs interactions avec l’environnement, de conserver des rendements élevés tout en diminuant l’utilisation d’intrants chimiques et en augmentant la qualité des fruits. Concernant l’amont agricole, les bénéfices de l’agroécologie commencent donc à se faire connaitre… et reconnaître. Mais saviez-vous que pour la transformation industrielle des produits alimentaires également, l’agroécologie présente de nombreux atouts ? De l’amont à l’aval, quel intérêt, pour un industriel de l’agroalimentaire, de mettre en place une démarche agroécologique ? Réponse avec l’éclairage du groupe Barilla, qui en est un fervent adepte.

Only one way of doing business : une conviction familiale devenue stratégie d’entreprise

Only one way of doing business: good for you, good for the planet” : une accroche pleine de sens qui résume l’un des 5 points essentiels de la stratégie de Barilla dans son document « Lighthouse » (ou « phare » en français) : du champ à l’assiette, être soucieux du bien-être de chacun et du respect de l’environnement est la seule (bonne) façon de développer son entreprise.

En préparation de notre événement Appetite for Innovation – Agroecology for quality food systems, j’ai récemment eu le plaisir d’échanger avec Fabien Guillot, directeur des achats de Barilla France, sur l’intérêt pour une entreprise agroalimentaire de mettre en place une telle démarche agroécologique. Car c’est une certitude : l’agroécologie est une notion centrale au  groupe, que ce soit en termes d’approvisionnement des matières premières, de développement de produits, et d’information aux consommateurs. « La culture familiale de l’entreprise a très largement marqué cette orientation agroécologique. Car le groupe Barilla, même avec ses 30 usines dans le monde, reste une société familiale, dirigée encore aujourd’hui par trois frères italiens. Notre conviction agroécologique, c’est une conviction personnelle de cette famille, aujourd’hui devenue notre ligne directive de développement. »

Des concrétisations dès le champ

Afin de s’assurer un approvisionnement en matières premières en phase avec cette ligne stratégique, « parce que plus de 50% de l’empreinte écologique de la production d’un kilo de pâtes se fait au champ » précise M. Guillot, Barilla a mené de front plusieurs projets avec des agriculteurs sur la sélection et la culture des céréales. Initiée en Italie sur le blé dur, cette démarche s’étendra ensuite en Grèce, en Turquie, en France et en Suède. « Comme il n’y a pas de coopérative agricole en Italie, nous avons à jouer ici un véritable rôle de conseiller structurant. »

Frein majeur de l’application agroécologique au champ : l’information aux agriculteurs, et les contraintes décisionnelles (pratiques, modes opératoires) que cela implique. Face à cela, Barilla est allé à la rencontre directe des producteurs, et a construit deux outils qui leur sont destinés :

  • une charte filière, le Décalog, base de données qui recueille tous les critères existants (type d’exploitation, type de sol, type de rotation, outils, traitements…) pour identifier les meilleures pratiques agricoles à mettre en place
  • un système d’aide à la décision : granoduro.net (à découvrir en vidéo ici – en italien pour le moment), pour accompagner les agriculteurs dans leurs choix stratégiques selon les conditions environnementales, le climat, les quantités, etc. de leur exploitation.

« Le résultat est un système véritablement gagnant-gagnant. Grâce à de meilleures pratiques environnementales, et malgré des contraintes décisionnelles pour les producteurs en partie levées par ces nouveaux outils, la rentabilité à l’hectare s’est améliorée, et les céréales que nous utilisons sont moins impactantes pour l’environnement et de meilleure qualité. »

Bon pour l’environnement = meilleur au goût et à la santé !

Car l’intérêt d’une démarche agroécologique pour une industrie agroalimentaire va au-delà du stade de la préservation environnementale. En 2009, la fondation « Barilla Center for Food and Nutrition » a démontré la corrélation entre ce qui est bon pour l’environnement et ce qui est bon pour les consommateurs dans un visuel très marquant de double pyramide. Cette pyramide représente d’un côté les recommandations nutritionnelles officielles, et en parallèle l’impact écologique des produits. Il est intéressant d’y constater que les produits de la base de la pyramide nutritionnelle (fruits, légumes…) sont ceux ayant le plus faible impact environnemental. « Cette pyramide illustre vraiment la corrélation entre les deux intérêts de l’agroécologie : un intérêt pour la nutrition, et un intérêt environnemental. Elle confirme également que les objectifs sont tout à fait compatibles. »

D’autre part, comme le démontre la thèse de Nassima Ait Lahmidi ou nos projets collaboratifs comme Qualivivant, tout cela correspond à une logique globale, la « logique du vivant » : en apportant aux plantes juste ce qu’il leur faut en termes de nutriments et d’eau, mais pas plus, on obtient des produits de meilleure qualité nutritionnelle (vitamines, polyphénols, etc.) et organoleptique.

Cette corrélation environnement/nutrition/goût a aujourd’hui une forte influence dans les choix de développement de Barilla. Les projets de nouvelles recettes doivent inclure les aspects nutritionnels et environnementaux (diminution de l’emprunte carbone, recyclabilité de l’emballage…), au risque d’être sinon rejetés. Les produits existants sont quant à eux reformulés pour en diminuer les matières grasses et augmenter la teneur en céréales complètes.

Une solution pour répondre aux attentes des consommateurs en limitant les surcoûts

Environnement, santé, plaisir gustatif : le triptyque des critères de choix et d’exigence des consommateurs en termes de produits alimentaires. Pour autant, pas question de payer plus cher pour le consommateur. Pour limiter les surcoûts induits par des pratiques agricoles moins impactantes, la recherche sur les pratiques agricoles continue de travailler et d’élaborer des solutions appropriées. En parallèle, l’industrie agroalimentaire peut également valoriser les surcoûts résiduels par la promesse d’une qualité de produits supérieure. Des produits meilleurs à la santé, meilleurs pour l’environnement, toujours aussi bons et aux mêmes prix… pour une valeur ajoutée pour l’entreprise en termes de parts de marché, d’image de marque, mais également d’éthique.

« Bien entendu, une démarche agroécologique ne se met pas en place en quelques jours. Au sein de Barilla, nous avons pour objectif d’atteindre 100% de notre approvisionnement en matières premières issues d’agroécologie responsable d’ici 2020… A ce jour, nous n’en sommes à peine à 10% ! Mais les efforts et les moyens sont prévus, et nous savons d’ores et déjà que nous avancerons grâce à des collaborations efficaces et des partenaires motivés », conclut Fabien Guillot, qui attend beaucoup des rencontres prévues les 18 et 19 juin à Dijon.

Un bel exemple de la contribution de l’industrie agroalimentaire aux enjeux de développement durable, en phase avec la démarche de RSE.

Pour aller plus loin : un événement dédié à l’agroécologie pour les industriels de l’agroalimentaire

L’agroécologie : une notion « tendance » mais également pertinente pour les acteurs de l’alimentaire, pour laquelle nous ferons découvrir les compétences des acteurs de notre réseau aux grands noms internationaux de l’industrie agroalimentaire, les 18 et 19 juin prochains, lors de notre événement B2B « Appetite for Innovation » : car nos territoires sont riches d’experts en la matière ! Si vous êtes intéressés pour en savoir plus, contactez-moi sur elisabeth.lustrat@vitagora.com.

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