L’AgTech : derrière l’engouement, quelle réalité ?

16 juin 2017

L’AgTech : derrière l’engouement, quelle réalité ?

Agriculture traditionnelle

L’AgTech, tout le monde en parle. La preuve : si personne ne connaissait encore ce terme il y a deux ans, une recherche sur google.fr apporte déjà près d’1 millions de résultats. Mise à l’honneur au salon de l’agriculture en 2017, explorée lors de colloques, et plus récemment évoquée à Viva Technologies 2017, l’AgTech (ou agriculture technologique) séduit. Pour autant, et même si plusieurs de nos projets se penchent sur des applications qui sont d’ores et déjà déployées (marketplaces, objets connecté, drones, crowdfunding, etc.) et que le marché est potentiellement gigantesque, l’offre reste naissante – comme l’évoque cet article concernant le territoire américain.  Plus problématique, encore : peu nombreuses sont les start-ups qui trouvent une clientèle suffisante pour se développer… Pourquoi un tel décalage entre engouement et appropriation par le terrain ? Eclairage avec Mathieu Mauny, directeur général de D&Consultants où il accompagne des start-ups de l’AgTech dans des projets d’innovation, mais également fils d’éleveur laitier.

Un engouement médiatique justifié…

Pour Mathieu Mauny, le « buzz médiatique » de l’AgTech s’analyse en prenant en compte trois éléments complémentaires.

  • Un phénomène global : la « tech » et la « data », qui conquièrent toujours plus de grands secteurs d’activité (dont l’agriculture), qui sont des thématiques dans l’air du temps et qui plaisent aux médias et aux lecteurs que nous sommes.
  • Un facteur conjoncturel : l’agriculture française connait depuis plusieurs années une succession de crises (sanitaires, environnementales, d’image, météorologiques,  etc.). L’AgTech et les start-ups du domaine apportent des relais de compétitivité dans un contexte globalement difficile et permettent, tout du moins en partie, de répondre à certaines difficultés. Une vision positive, donc.
  • Un besoin réel : « il y a un vrai besoin des agriculteurs pour de nouveaux outils qui permettent d’améliorer la productivité et la rentabilité de leurs exploitations », explique Mathieu Mauny.

De ces trois facteurs, l’engouement médiatique s’éclaire. Mais alors, si le contexte est si favorable à l’AgTech, pourquoi les applications sont-elles encore peu développées ?

… mais les freins à l’appropriation existent

En émergence depuis 2013-2014, l’AgTech est un secteur jeune, caractérisé par tout un foisonnement de start-ups : « en France, on peut estimer qu’il y a une grosse cinquantaine d’entreprises dans le secteur AgTech. Pour quel effectif global ? On ne sait pas précisément, mais probablement autour de 300 à 400 salariés : ce sont donc de petites structures ».

En plus de l’atomisation du secteur, Mathieu Mauny identifie trois freins spécifiques à l’appropriation de l’AgTech par le monde agricole :

  • La question du coût. « Les solutions proposées par l’AgTech constituent un budget supplémentaire pour les agriculteurs, quand bien même le retour sur investissement est démontrable. Or, les taux de marge sont faibles, voire même parfois négatifs,… Avec souvent de fortes tensions sur la trésorerie des exploitations, il s’agit donc d’un poste de dépense additionnel parfois non envisageable. »
  • L’adaptation technologique. « Le monde agricole se modernise sur le terrain, en  mode « auto apprentissage ». Avec l’AgTech, il y a un véritable saut technologique pour lequel tout me monde n’est pas prêt. » Pour Mathieu Mauny, la question générationnelle est un enjeu : « je ne pense pas qu’il y ait véritablement une résistance au changement, quel que soit l’âge. Par contre, le besoin en formation est réel. »
  • Un manque de soutien public : « il est nécessaire que l’AgTech soit soutenue, financée et promue par nos institutions publiques pour être connue et reconnue par les agriculteurs, à travers toute la chaîne de valeur. Le développement de l’offre auprès d’une cible aussi vaste et hétérogène qu’est le monde agricole doit passer par des programmes de financement, d’allègement normatif et de communication. Ils doivent venir d’une démarche volontariste des institutions nationales et de leurs structures relais en local. »

Et pourtant, le potentiel est là !

Malgré ces limites, Mathieu Mauny ne cache pas son enthousiasme devant le potentiel de l’AgTech. « La demande existe, et les besoins sont réels. » Les clés de réussite pour les start-ups du secteur ?

  • Nouer des partenariats avec des grandes structures (interprofessions, distributeurs, groupements coopératifs, etc.), pour s’intégrer à des réseaux facilitant leur développement. « En France, tout d’abord, puis à l’international, car dans le domaine de la tech, le terrain de jeu est mondial. »
  • Challenger son business model : « le secteur ne tolèrera pas des besoins d’investissement élevés »
  • Se développer prioritairement sur des filières à haute valeur ajoutée de l’agriculture, « là où il y a moins de difficultés financières » : la viticulture (WineTech), l’agriculture urbaine, les circuits courts… « Ce sont des bonnes rampes de lancement, avant de s’étendre aux autres filières agricoles. »

Pour aller plus loin

Start-ups de l’AgTech, Mathieu Mauny vous a livré ici quelques clés pour faire décoller votre activité. Sachez également que notre programme d’accélération AcceleRise, co-fondé notamment avec les coopératives Invivo et Dijon Céréales, s’intéresse de près à l’AgTech ! Le second appel à candidatures pour AcceleRise est d’ores et déjà clos, mais pensez à suivre nos actualités en vous abonnant à ce blog pour ne pas manquer le prochain… rendez-vous en fin d’année !

Pour découvrir l’accompagnement proposé par AcceleRise, rendez-vous sur : http://accelerise.vitagora.com.

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