14 nov. 2017

Stockage de denrées : l’innovation au service d’une démarche durable

 Entrepôt pain


La durabilité est le plus souvent évoquée dans le cadre de la production agricole : pratiques agroécologiques, respect des ressources terrestres. Si l’intérêt de celle-ci n’est plus à prouver (relire ici notre article « De la fourche à la fourchette : de l’intérêt d’une démarche d’agroécologie pour les industries agroalimentaires. L’exemple de Barilla »), d’autres étapes (entre la fourche et la fourchette) sont également concernées par la mise en œuvre de solutions pérennes – alliant durabilité et production soutenue. C’est le cas notamment du stockage des denrées alimentaires en entrepôt, où l’innovation se met au service de la qualité (et la quantité !) de vos stocks tout en permettant de limiter l’utilisation de pesticides.

Le stockage de denrées alimentaires : pourquoi s’y intéresser ?

Tribolium, mites, teignes… Ces petites bêtes vous font frémir ! Car aucune industrie agroalimentaire utilisant ou produisant des aliments n’en est à l’abri. Rentrée de denrées (farine, fruits secs, noix, épices, viande séchée…), circuits d’aération, entrées des salariés, etc. : vous aurez beau mettre en place toutes les précautions d’hygiène et de qualité, votre entreprise ne pourra jamais devenir un vase clos.

Et les conséquences d’une intrusion d’insectes alimentaires ne sont pas des moindres :

  • Des pertes alimentaires. Selon une étude de l’ADEME, parmi les 18% de produits alimentaires gâchés en France chaque année, 21% des pertes seraient imputables à l’étape de transformation – du transport des matières premières au stockage du produit fini.
  • Un coût non-négligeable : arrêt total de la production pendant le traitement chimique, délais de ré-entrée des opérateurs, destruction de produits et de matière première, manque à gagner… selon le site internet « stop nuisibles », les insectes alimentaires coûteraient en moyenne 32 512 € à une entreprise agroalimentaire (coût bien entendu très variable selon le volume de la production de l’entreprise). Selon ce même site, « 60% des entreprises qui ont souffert d’une infestation par ces parasites des produits stockés ont rapporté une perte annuelle de revenus comprise entre 1 et 9 % » (source).

Contre cela, quelles solutions ? Bien entendu, les plus répandues dans l’industrie, qu’elle soit bio ou conventionnelle, sont les traitements phytosanitaires (certains étant autorisés pour les industries certifiées en bio). Mais des solutions plus durables commencent à voir le jour, en phase avec les attentes des consommateurs – et également des producteurs – de répondre de manière naturelle à ces contraintes de production.

A armes égales : insecte contre insecte

Connaissez-vous les trichogrammes ? Cette famille de micro-abeilles aussi petites qu’un grain de poussière (0,8 mm de long à la taille adulte), et qui comptabilise plus de 200 espèces, est réputée pour avoir contribué à la lutte contre la pyrale du maïs à partir des années 1980.

Fort de ce constat, et après plusieurs années de recherche et de tests en laboratoire et en usines, le centre de recherche et de développement Bioline Agrosciences (filiale d’Invivo) a identifié une espèce de trichogramme permettant de lutter spécifiquement contre les mites alimentaires.

« C’est une solution totalement naturelle », explique Sébastien Rousselle, responsable marketing chez Bioline Agrosciences. « D’ailleurs, le trichogramme est une famille d’insectes naturellement présente en France. Le défi, c’est d’identifier LA bonne espèce pour lutter contre tel ou tel autre ravageur… et de l’implanter sur site car ce sont surtout des insectes d’extérieur. »

Comment cela fonctionne-t-il ? « La reproduction du trichogramme ne peut se réaliser qu’en présence des œufs d’un autre insecte ravageur – dans le cas de notre solution, il s’agit des œufs de la mite. Tant qu’il y a des œufs de mite dans un espace, le trichogramme s’en servira pour ses propres besoins de reproduction. Et dès que le site est entièrement dégagé de nids de ravageur, le trichogramme s’envole vers d’autres horizons, éliminant ainsi le risque de colonisation. »

Une efficacité raisonnée

Et cela fonctionne : « dans tous les essais réalisés – en laboratoire ou en usine – nous avons constaté des effets significatifs dès 4 mois de traitement. Près de 80% des lieux traités ont atteint des seuils jugés excellents, au bout d’une année, et ceci sans utiliser aucune autre solution », confirme Sébastien Rousselle.

Mais il tient aussi à modérer ses propos : « il s’agit d’une solution naturelle. Cela implique deux dimensions :

  1. les résultats ne peuvent pas être garantis à 100%, car ils sont soumis à l’environnement de l’usine (taux d’humidité, utilisation d’insecticides – évidemment à proscrire dans ce cas, etc.)
  2. c’est une solution raisonnée, à envisager sur le long terme. Certains industriels regrettent qu’il n’y ait pas d’effet choc. Mais c’est une solution plus durable, qui influe sur le cycle de reproduction des insectes et évite qu’ils ne se réinstallent au bout de quelques temps. »

Enjeux sanitaires, marketing : de nombreux atouts

Parmi les clients de Sébastien Rousselle, on trouve d’ores et déjà des industriels en bio, mais également en conventionnel, qui recherchent des solutions durables pour répondre aux contraintes industrielles liées au stockage.

En plus de permettre une solution sur le long-terme, le trichogramme ne présente aucun risque sanitaire : « non seulement c’est une solution naturelle, mais elle ne présente pas de risque d’allergie connu. »

En parallèle, des entreprises déjà converties à cette solution l’utilisent comme un argument marketing : « certains de nos clients communiquent sur cela, en garantissant à leurs clients l’absence de mites dans leurs produits grâce à l’utilisation de solutions naturelles. »

Baisse du taux de destruction de stocks, diminution du nombre de retours des produits et des réclamations de clients, hausse des indicateurs qualité… Cette solution innovante pleine de bon sens nous pousse à la réflexion. Peut-on imaginer, demain, des mini-drones dotés d’aspirateur pour détruire les nids ? Et pour les autres ravageurs, quelles solutions mettre en œuvre ? Champ libre ouvert à l’innovation car en stockage industriel aussi, les pratiques durables ont leur mot à dire.

 

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