02 juil. 2019

La confiance des consommateurs : un enjeu majeur de l’alimentation végane

 

Alors que les marchés du bio connaissent un essor incontestable, selon une étude effectuée par l’Agence Bio, l’ensemble des Français attribue une note de confiance de seulement 6,1/10 aux informations fournies sur les produits bio. Or, ce secteur a récemment été pointé du doigt par le magazine 60 millions de consommateurs, fragilisant encore plus la confiance des consommateurs, à la recherche d’informations précises et fiables lors de l’acte d’achat.

 

En parallèle du bio, un autre marché connaît une croissance forte : le marché du « sans viande », représentant des produits recherchés notamment par des populations végétariennes ou véganes. Si la notion du « bio » fait l’objet d’une réglementation stricte, le secteur des produits « végétariens » ou « végans » souffre de l’absence d’encadrement réglementaire au niveau européen. A l’heure actuelle, il n’existe aucune définition légale de « végétarien » ou de « végan » dans l’Union Européenne et donc pas non plus d’harmonisation du cadre juridique européen pour l’étiquetage des aliments végétariens et végans. Selon Katia Merten-Lentz, avocate experte en législation alimentaire, « la mise en place de ces définitions est indispensable pour assurer la validité des allégations véganes mais aussi pour apporter de meilleures informations aux consommateurs, avec pour enjeu le maintien de leur confiance dans votre marque. »

Les végans en Europe – une population mineure mais en pleine croissance

Pour commencer, quelques éléments de rappel sur le principe du véganisme. Les véganes bannissent toute forme d’exploitation animale, qu’elle soit alimentaire, vestimentaire, etc. En termes d’habitudes alimentaires, cette pratique implique bien entendu de ne consommer aucun produit contenant des dérivés d’animaux – lait, œuf etc.

 

Bien qu’il n’y ait pas de statistiques précises sur le nombre de végans en Europe, en fonction des sources, on peut estimer qu’environ 7% des Britanniques étaient végans en 2018. Selon une étude Xerfi datant de 2018, seulement 2% de la population française se considère comme végétarienne et 0,5% comme végan.

 

A noter que les produits végans et végétariens séduisent également les consommateurs qui, sans renoncer à la viande, souhaitent en réduire leur consommation. Cela explique la croissance importante de ces produits et l’engouement des industriels à développer des gammes de produits végétariens et/ou végans malgré la petite taille des populations se déclarant végétariennes ou véganes. Une étude Xerfi estime que le marché de l’alimentation végétarienne et végane en GMS va augmenter de 17 % par an entre 2019 et 2021 pour finir par dépasser les 600 millions d’euros (source LSA).

L’absence de critères stricts au sujet des aliments végans 

La démarche juridique à mettre en place reste pourtant complexe pour l’Union Européenne.  Selon Katia Merten-Lentz, « En l’absence de disposition au sujet des aliments végans et végétariens dans le droit de l’Union Européenne, le premier problème concerne l’étiquetage des produits et consiste à déterminer quelle réglementation leur est applicable. »

 

En effet, les allégations nutritionnelles et les allégations sanitaires sont couvertes par un règlement de l’Union Européenne. Cependant, l’indication « adapté à un régime végan » sur un produit ne peut pas venir de ce règlement, car les allégations nutritionnelles suggèrent ou impliquent qu'un aliment a des propriétés nutritionnelles bénéfiques spécifiques, ce qui n'est pas nécessairement le cas d'un aliment végan.

 

Cela signifie que le cadre général s’applique aux aliments végans et plus particulièrement aux dispositions du règlement 1169/2011 (également appelé « règlement FIC »). Il stipule que les informations sur les aliments, fournies aux consommateurs, doivent leur permettre de « faire des choix en connaissance de cause et de les consommer en toute sécurité en tenant compte des considérations sanitaires, économiques, environnementales, sociales et éthiques ». Le but principal de ce règlement est de s’assurer que le consommateur n’est pas induit en erreur par les informations livrées par l’étiquetage des produits. Cependant, en pratique, faute d’harmonisation au niveau européen, les marques de plus en plus nombreuses à viser ce marché n’appliquent pas toujours les mêmes critères pour un produit étiqueté « végan ». 

 

Katia Merten-Lentz explique : « parfois certains produits sont commercialisés comme végans ou végétariens alors qu’ils utilisent des procédés de fabrication ou des additifs obtenus par des procédés faisant appel à des produits d'origine animale (par exemple, la gomme de xanthane, un additif pouvant être obtenu par fermentation avec du lactosérum, un ingrédient laitier). De plus, certains industriels indiquent la mention « végan » sur leur emballage sans toutefois faire référence à un label de certification en particulier. Il est donc difficile pour le consommateur de savoir si le produit a réellement été préparé sans aucun ingrédient d’origine animale. »

La dénomination des produits végans : une guerre au sujet du nom « steak »

Autre sujet de contention, le nom de produit végétarien ou végan fait souvent référence à des produits d’origine animal comme par exemple « le lait végan », ou « le steak de tofu » alors que de toute évidence ils ne contiennent ni lait ni viande. Cela peut porter à confusion pour le consommateur, et les industriels des secteurs de la viande et des produits laitiers se plaignent de l’usage de ces dénominations.

 

Dans son arrêt « TofuTown » du 14 juin 2017, la Cour de Justice de l’Union Européenne a considéré que les produits végétaux ne peuvent pas être commercialisés sous des noms tels que « lait », « crème », « beurre », « yaourt ». La règlementation européenne réserve ses désignations pour des produits d’origine animale.

 

La Cour a expressément rappelé que cette mesure était destinée à protéger les consommateurs contre les risques de confusion au sujet de la composition. Par conséquent, il est impossible de commercialiser un produit végan sous le nom de « lait végan » ou « lait de soja ».

 

Concernant la viande, « La question n'a jamais été soulevée devant la Cour », explique Katia Merten-Lentz, « mais elle a été soulevée par des membres du Parlement européen. En mai 2018, un député européen a demandé à la Commission ce qu’elle envisageait de faire pour empêcher les opérateurs d’utiliser des termes tels que « viande », « hamburger » ou « steak » pour désigner des produits ne contenant que peu ou pas de viande. La Commission a répondu que, conformément au règlement FIC, les informations sur les denrées alimentaires ne devaient pas induire en erreur quant à la nature et à la composition de la denrée alimentaire et que, le terme « viande » étant déjà défini dans le droit de l'Union, il ne pouvait donc pas être utilisé pour un produit qui ne contient pas de viande. Cependant, la Commission n'a rien dit à propos de la lutte contre l'utilisation d'autres dénominations. »

 

En effet, des mots comme « nuggets », « burger », « steak » ou « saucisse », ne sont pas définis par le droit de l’Union Européenne. En principe, ils peuvent donc être utilisés pour des produits végétaux, mais à condition de ne pas induire en erreur les consommateurs à propos de la nature du produit et de son mode de production.

Alimentation végan : un besoin urgent d’harmonisation au niveau européen

Katia Merten-Lentz estime qu’il est temps pour l’Union Européenne de passer à l’action sur ce point. « La Commission ne peut plus garder le silence sur cette question. En effet, une question parlementaire a été posée au sujet des dénominations des produits d’origine animale contre « la concurrence croissante et déloyale des produits végétariens et végans qui imitent leur apparence et leur étiquetage ». Certains produits sont commercialisés en suggérant qu’ils sont des « substituts » des produits à base de viande, bien que leurs ingrédients et leur contenu nutritionnel soient différents. Les futures discussions à ce sujet devront déterminer s’il y a une confusion possible entre « steak de soja » et un steak de bœuf normal dans l’esprit des consommateurs. 

 

Une décision européenne au sujet de l’usage du terme végan sur les produits permettrait ainsi de protéger les consommateurs mais aussi les professionnels de l’agroalimentaire d’un éventuel scandale qui fragiliserait encore plus la confiance de vos consommateurs.

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