19 mars 2019

Packaging : éco-conception et recyclabilité pour réduire l’impact environnemental de vos emballages agroalimentaires

 

La prise de conscience environnementale concernant les déchets plastiques est désormais collective : de la part des consommateurs, mais également des professionnels. En outre, de nouvelles réglementations vous incitent à innover pour proposer des solutions alternatives. Pour autant, le plastique demeure à 98% la matière utilisée dans les emballages agroalimentaires.

 

Véritable défi pour le secteur, quelles solutions pour concilier emballages et considération environnementale ? Favoriser les emballages éco-conçus, et jouer son rôle dans la filière du recyclage : voici notre éclairage avec l’intervention de Julien Bouzenot, directeur de Rudologia.

Le plastique n’est plus si fantastique…

98% : c’est la part de plastique dans les emballages agroalimentaires. Si celui-ci est donc majoritaire, il est loin de faire consensus auprès des consommateurs : 89,3% des consommateurs sont inquiets de l'impact environnemental des emballages plastiques... Et pour cause : contrairement au verre, au carton, ou même aux métaux, le recyclage du plastique reste complexe – seuls quelques rares élus comme le PET (bouteilles d’eau) et PEHD (bouteilles de lait) bénéficient de filières de recyclage efficaces.

 

En conséquence, 62% des consommateurs se déclarent même prêts à payer plus cher pour un produit conditionné dans un emballage sans plastique (selon un sondage Tipa Corp, septembre 2018).

 

Au-delà d’attentes louables des consommateurs, les professionnels font également face à de nouvelles réglementations allant dans le sens du développement durable : l’amendement Lambert, qui met fin à la disposition de couverts, pots, verres, etc. en plastique d’ici 2020, ou encore le projet de directive du Parlement européen portant, entre autres, sur l’interdiction d’objets en plastique à usage unique (pailles, assiettes, sachets, gobelets…) d’ici 2021.

 

Si aucune réglementation ne porte pour le moment sur la recyclabilité des emballages alimentaires, proposer à vos consommateurs des emballages plus vertueux vous permet de mettre en œuvre une démarche RSE en forte adéquation avec les attentes du marché, de vous démarquer de vos concurrents et d’ajouter une nouvelle valeur ajoutée à vos produits. Quelles solutions envisager ?

 

L’éco-conception : une solution pour plus de naturalité

Qu’est-ce que l’éco-conception ?

L’éco-conception, c’est concevoir une offre plus respectueuse de l’environnement : services, produits… ou, bien entendu, emballages. L’ADEME préconise différentes pratiques pour concevoir des emballages éco-conçus (en savoir plus sur eco-communication.ademe.fr) :  

  • favoriser les emballages mono-matériau ou un système d’emballage le plus homogène possible pour favoriser leur recyclabilité ;
  • pour les emballages multi-matériaux, faciliter la séparation des éléments afin d’en optimiser le tri ;
  • optimiser les quantités d’encre utilisées, en limitant les couleurs par exemple, et choisir des encres à impact réduit (notamment avec des liants d’origine végétale) ;
  • optimiser les quantités de colles et d’adhésifs utilisés et les choisir à impact réduit sur les process de recyclage.

 

Des exemples d’emballages éco-conçus dans l’agroalimentaire

Dans l’agroalimentaire, les emballages éco-conçus commencent à se multiplier. En voici quelques exemples :

  • La nouvelle barquette de Leerdammer développée par le groupe Bel : composée d’un emballage PET à 24% d’origine recyclée, cette barquette se recycle à 100%. Un produit innovant qui vient s’ajouter aux 85% des produits recyclables ou biodégradables du groupe.
  • Traditionnellement proposés en emballages mélangeant le bois et le plastique, le fromage Le Crottin de Rians (Triballat) sont désormais disponibles dans des emballages mono-matériaux afin d’en optimiser la recyclabilité.
  • Chez Spadel, le packaging de la bouteille est pris en compte dans son intégralité : non seulement sa recyclabilité (les bouteilles de tous les produits sont recyclables à 100%), mais également le sourcing du papier (papier recyclé ou de label FSC) et la nature des encres utilisées (encres végétales).
  • Au rayon viandes, la filière bio de Terrena, Bodin, a récemment présenté au CFIA un packaging sans squelette pour ses filets de poulet : un choix qui permet au groupe de réduire de 75% la part de plastique par rapport aux barquettes habituelles.
  • A noter également : sur l’usage plus que sur l’emballage en lui-même, la plateforme Loop proposent aux consommateurs de recevoir à domicile des produits de grande marque (Danone, Lesieur, Milka, Coca-Cola, etc.) dans des emballages réutilisables, selon le modèle de la consigne. La plateforme sera lancée d’ici quelques mois en région parisienne avant de s’étendre à l’ensemble de la France et des USA. Une démarche qui s’intéresse à l’usage des consommateurs, mais également à l’éco-conception de contenants réutilisables.

 

D’autres idées à découvrir dans notre article de veille « Emballages alimentaires : répondre à la demande de durabilité des consommateurs » .

 

Optimiser le recyclage : une question de coordination de tous les acteurs

 

Si les emballages alimentaires sont de plus en plus recyclables, sont-ils pour autant recyclés à la hauteur de leur potentiel ? Julien Bouzenot, directeur de Rudologia, le pôle de compétences sur les déchets, créé en 2002 grâce à l’impulsion de Jacques Pélissard (maire de Lons-le-Saunier), l’ADEME et le Ministère en charge de l’environnement, répond : « La question est délicate car dans l’absolu beaucoup d’emballages sont effectivement recyclables. Mais il n’existe pas toujours de filière pour chaque grande famille d’emballage. Par filière, il faut comprendre un enchainement d’acteurs depuis celui qui jette jusqu’à celui qui fabrique des objets à partir de matières issues des déchets d’emballage. Cela est particulièrement vrai pour les emballages en plastique. »

 

« Par exemple, bien qu’un emballage mono-matériau soit techniquement plus simple à recycler, il ne sera systématiquement recyclé pour autant. Soit parce que la résine plastique n’est pas utilisée en suffisamment grande quantité à l’échelle nationale pour que des régénérateurs plastiques dédiés s’y retrouvent économiquement. Soit parce que, même pour certains types de plastiques qui se recyclent très bien comme le PET, le geste de tri dans la bonne poubelle au début de la chaîne n’est pas encore systématique chez chacun de nous (à domicile comme dans notre quotidien professionnel). En effet, on constate que 4 bouteilles plastiques sur 10 ne sont jamais triées. »

 

Selon Citeo, 68% des emballages ménagers sont recyclés. Un progrès notable obtenu en moins de 25 ans : en 1992, ce taux n’atteignait que 18%. Pour autant, la marge de progression reste accessible. « Il est essentiel qu’il y ait une coordination entre tous les acteurs », précise Julien Bouzenot : « le fabricant d’emballage, le metteur en marché du produit emballé, les consommateurs qui trient les déchets, les collectivités en charge de la gestion des déchets, les repreneurs de matières en sortie de centres de tri, etc. ».

 

Pour Julien Bouzenot, cela ne fait aucun doute : la marge de progrès du recyclage est énorme. « En France, 1 emballage plastique sur 4 est recyclé, et plus largement, seuls 23% de tous les plastiques (automobile, électroménagers, bâtiments, etc.) sont recyclés… alors que certains de nos voisins européens sont à plus de 50% ! »

 

Accompagnement du développement des filières de recyclage

« Les filières de recyclage ont pour objectif de séparer les matériaux en vue d’une réincorporation dans des objets neufs », précise Julien Bouzenot. « Les matières issues de nos déchets d’emballage ont donc vocation à se substituer à des matières premières dites vierges, car extraites de nos ressources naturelles (forêt, pétrole, minerai de fer, sable, etc. »

 

Malgré cet enjeu de concurrence, des solutions existent : « les réponses passeront par une qualité renforcée des matières issues du recyclage ainsi que des incitations pour incorporer plus de plastique recyclé dans les produits neufs (incitations réglementaires ou financières, actuellement en débat dans le cadre de la Feuille de Route Economie Circulaire) ».

 

Transmettre la bonne information aux consommateurs

Si les consommateurs sont sincères dans leur préoccupation pour la préservation de l’environnement et le recyclage des emballages, le geste du tri est parfois plus complexe qu’il n’y parait : dans quel bac mettre un emballage pluri-matériaux ? Comment être sûrs que le plastique de cette bouteille est recyclable ? Et l’aluminium de votre portion de fromage ?

 

Julien Bouzenot se veut rassurant : « en 25 ans, le geste de tri s’est imposé comme le premier geste environnemental des français, voir comme le premier geste citoyen. » Pour autant, il remarque que plus les consignes de tri sont précises et détaillées, plus il existe un risque de décourager les bonnes volontés. Il encourage donc les professionnels à poursuivre les efforts de pédagogie et de communication, surtout en direction des jeunes adulte – « alors qu’ils ont souvent été des enfants bien sensibilisés, ils ont ensuite tendance à oublier les bons réflexes ».

 

Si les pouvoirs publics sont des acteurs de premier plan sur la question de la sensibilisation aux consommateurs, les industriels ont également un rôle prioritaire à jouer. Par exemple :   

  • en précisant, en plus du logo incitant à recycler, le tri exact à effectuer lorsqu’il s’agit d’emballages pluri-matériaux : 100% des emballages de Fleury-Michon disponibles en GMS comportent ainsi des consignes de tri (« film plastique à jeter à la poubelle » / « boite en carton à recycler »). Cela peut aussi passer par une incitation à consulter le guide du tri des emballages publié par ecoemballages.fr.
  • en informant sur la recyclabilité des matériaux utilisés et leur impact sur votre produit final. Votre film plastique est fait à partir de matières végétales pour en optimiser sa recyclabilité : c’est un bon premier pas. Ce changement de packaging a-t-il eu des conséquences sur votre produit : une DLC plus courte ? un emballage moins joli, ou simplement différent ? Informez-en vos consommateurs !

 

Pour aller plus loin

Notre équipe élabore en ce moment un colloque sur le thème de l’éco-conception des produits agroalimentaires, pour le second semestre de l’année… Gardez l’œil ouvert pour en savoir plus : abonnez-vous à nos actualités !

 

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