05 nov. 2019

« Robotiser ne signifie pas supprimer des emplois » et autres mythes du robot industriel

 

Soyons francs : la robotisation n’est pas le point fort de l’industrie française… ni du secteur agroalimentaire. Selon l’ANIA, le taux d’équipement robotique est 5 fois plus faible que celui de l’Allemagne et 2 fois plus faible qu’en Italie. Dans l’agroalimentaire plus spécifiquement, l’âge moyen de l’équipement industriel est de 19 ans et demi en France… contre 7 ans et demi en Allemagne.

 

Pourtant, parmi les dirigeants d’entreprises agroalimentaires que je côtoie, aucun ne remettrait en question les avantages de la robotisation : amélioration de la cadence, optimisation des coûts de production, répétabilité de la qualité constante, etc. Mais d’autres enjeux freinent cet engouement : la crainte d’une mauvaise perception en interne, le coût de l’investissement, et tout bonnement de la prudence face à la complexité de l’implantation en usine. J’ai rencontré Manuel Nunez et Didier Emorine, de la société Energence, qui nous expliquent pourquoi (et comment) les robots ne sont pas si sorciers.

En finir avec le mythe du robot destructeur d’emplois

L’un des freins majeurs face à la robotisation d’une usine réside en un mythe : le robot destructeur d’emploi. « Robotiser ne veut pas dire détruire des emplois », insiste Manuel.  

Selon un rapport publié par le Forum économique mondial, les nouvelles technologies devraient être à l’origine de la création de plus de 58 millions d’emplois à travers le monde d’ici 2022 (source). Dans ce même rapport, 84% des employeurs interrogés disent vouloir certainement embaucher de nouveaux salariés disposant des compétences nécessaires en lien avec la robotisation.

 

« Il ne s’agit pas de remplacer un opérateur mais de le soulager en plaçant le robot sur les tâches les plus pénibles », explique Didier. Pour l’employeur, cela signifie s’affranchir d’absence pour causes de TMS, et pour les opérateurs, c’est une possibilité de monter en compétences.

 

Selon le bilan du programme « Robot Start PME » achevé en 2017 (bilan à télécharger ici), parmi les PME ayant participé au programme, aucune suppression de poste n’a été signalée, alors qu’une cinquantaine d’emplois a été créée, et qu’une moyenne de 3 créations de postes minimum par entreprise est envisagée (soit 8% de postes supplémentaires créés sur les 2 ans à venir), sur les secteurs de la production, de la conception/innovation, et du commercial.

 

Pour éviter que l’implantation d’un robot soit mal perçue en interne, Manuel recommande vivement d’impliquer les opérateurs : « il faut expliquer votre démarche, pour que chacun comprenne l’intérêt du robot. Faire preuve de pédagogie est essentiel, pour rassurer vos opérateurs face à quelque chose de nouveau. Avec des explications transparentes et pédagogues de la part du chef d’entreprise, tout le monde va s’y retrouver ». Ainsi, chez les PME ayant participé à Robot Start PME, on note une hausse de 90 % de l'amélioration des conditions de travail en seulement deux ans.

Robot ? Cobot ? Laisser la science-fiction au cinéma

Manuel et Didier le constatent : « implanter un robot n’est pas synonyme de science-fiction. Certaines demandes sont parfois utopiques. D’autres demandes révèlent parfois des écarts entre ce qu’imagine la direction et ce que projette la production ».

 

Les industriels doivent avoir une vision concrète de ce qu’ils veulent faire dans leur usine – et cette vision doit être partagée en interne. En agroalimentaire, il s’agit surtout, à l’heure actuelle, d’automatiser et d’informatiser les chaines de production : « de plus en plus d’entreprises agroalimentaires viennent nous voir, pour des besoins très spécifiques comme le découpage de viande, l’emballage en fin de ligne, la palettisation, etc. ».

 

Un cahier des charges doit être défini avec l’intégrateur du robot : où placer le robot ? Quels sont les objectifs de l’entreprise en gain de cadence ? Où sont les pièces à prendre par le robot et où doivent-elles être amenées ? Comment est envisagée la présence des opérateurs ? etc.

 

Manuel et Didier alertent également sur l’effet de mode du cobot : si celui-ci peut s’avérer très utile dans certaines conditions (lire notre article ici), les applications de l’un et de l’autre ne sont pas interchangeables. « L’intégrateur du robot doit jouer un rôle de conseil pour orienter vers la bonne solution, selon les besoins de l’entreprise. »

 

S’il ne s’agit pas de science-fiction, ils reconnaissent pourtant que la technologie évolue vite. « Certaines choses impossibles aujourd’hui seront sûrement envisageables d’ici quelques années. Des innovations sont à envisager pour les plus audacieux ! »

La « boîte noire » de l’intégration en usine

Choix des machines, localisation en usine et aménagement de la chaîne… Intégrer un robot en usine rebute. Sur ce point, Manuel et Didier se veulent rassurant : « on ne révolutionne pas l’existant. Il s’agit d’intégrer le robot à l’interface du client ».

 

Ainsi, l’intégrateur doit pouvoir échanger régulièrement avec des interlocuteurs privilégiés, qui connaissent le terrain, comme le responsable de production ou le directeur industriel… et il doit absolument pouvoir visiter l’usine pour se projeter dans les implications réelles de l’intégration.

 

Didier indique deux points clés à verrouiller pour une implantation plus sereine :

  • S’assurer qu’il y a assez d’espace pour la cellule robotisée. Même lorsque celle-ci, obligatoire pour un robot (mais pas pour le cobot qui est en contact avec les opérateurs), est dématérialisée. « Parfois, cela demande de réorganiser sa chaine de production, d’ajuster… mais sans tout bouleverser. »
  • Prévoir un temps de mise en service suffisant, avec une augmentation progressive de la cadence. « Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que cela démarre », ironise-t-il. « Cela peut aller de 15 jours pour un robot simple à plus d’un mois lorsqu’il s’agit d’intervenir sur l’informatique, l’électronique, etc. »

Ne pas s’arrêter au coût

Evidemment, le coût d’implantation d’un robot peut être extrêmement variable selon ce qui est demandé, notamment en matière de développement mécanique, informatique, etc. Mais Manuel et Didier rassurent les dirigeants d’entreprise : « des aides existent, il faut les utiliser ».

 

Si le programme d’aide « Robot Start PME » s’est achevé en 2017, les « aides à l’industrie » sont ravivées depuis 2019 – et jusqu’à fin 2020. Il s’agit d’un taux de suramortissement de 40% destiné à des équipements robotiques (ce qui inclut également les cobots, les capteurs, la réalité virtuelle, etc.) et aux PME uniquement. « Concrètement cela correspond à une réduction de -11 % à -13 % du prix d’achat de l’équipement concerné (par économie d’impôt) selon le taux d’imposition de la société bénéficiaire », explique le Symop dans un guide pratique sur le sujet, à télécharger ici.

 

Qui plus est, le retour sur investissement est réel et rapide à obtenir : en 2 ans seulement, les PME s’étant équipées d’un robot dans le cadre du programme Robot Start PME ont constaté une hausse de 86 % de leur productivité, de 68 % de leur rentabilité, et de 18 % de leur chiffre d'affaires.

Pour aller plus loin

Selon Didier et Manuel, si l’agroalimentaire reste une industrie peu robotisée, l’intérêt du secteur pour les robots est en plein boom : quitte à vous d’innover dans le domaine !

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