03 déc. 2019

Vitawatch de décembre : votre veille agroalimentaire scientifique

 

Alimentation et santé, formulation des aliments, procédés alimentaires, comportements des consommateurs, agriculture durable : que retenir des derniers travaux de la recherche, à travers le monde, dans les domaines de l'alimentaire ?

 

Les flavonoïdes préviendraient les maladies cardiaques, essor de la nutrition personnalisée, la qualité du café boostée par les micro-organismes, la micro-encapsulation pour lutter contre la malnutrition, les abeilles favorisent la culture du colza... la recherche est sur tous les fronts au services de l'innovation agroalimentaire.

 

Faites votre veille scientifique au service de votre innovation avec notre sélection « Vitawatch » de ce mois de décembre.

 

ALIMENTATION ET SANTE

Un régime riche en flavonoïdes protège contre le cancer et les maladies cardiaques

Une étude de l’Université Edith Cowan (Perth, Australie) conclut que la consommation d’aliments riches en flavonoïdes (tels que des pommes et du thé), protège contre le cancer et les maladies cardiaques, en particulier pour les fumeurs et les consommateurs réguliers de boissons alcoolisées. Ces effets ont été observés pour une consommation de flavonoïdes de l’ordre de 500mg par jour. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs de la faculté de médecine et des sciences de la santé ont analysé les données de la cohorte danoise sur l'alimentation, le cancer et la santé, qui évaluaient les régimes de 53 048 Danois sur 23 ans.

 

« Ces résultats sont importants car ils mettent en évidence le potentiel des aliments riches en flavonoïdes en termes de prévention du cancer et des maladies cardiaques, en encourageant ainsi leur consommation, en particulier chez les personnes à haut risque de contracter ces maladies chroniques. [...] Mais il est également important de noter que la consommation de flavonoïdes ne résout pas tout le risque accru de décès dû au tabagisme et à la consommation élevée d'alcool. La meilleure chose à faire pour votre santé est de cesser de fumer et de réduire l'alcool », précise la chercheuse Nicola Bondonno.

 

Dans une prochaine étape, l’équipe de recherche analysera les types de cancers et de maladies cardiaques les plus protégés par les flavonoïdes.

 

Source : sciencedaily.com

 

Les barres prébiotiques + protéines aussi efficaces que les barres riches en glucides, notamment pour les intolérants au glucose

Une équipe de recherche de l’Université du Texas a étudié les effets des barres de nutrition sportive à base de protéines de lactosérum et d’oligosaccharides dérivés de fibres d’origine végétale, en comparaison aux barres, gels ou boissons énergisantes riches en glucides. Ces dernières ayant un indice glycémique élevé, elles ne conviennent pas aux personnes intolérantes au glucose, diabétiques, ou à risque d’hypoglycémie pendant l’exercice.

 

Une étude a été menée sur 12 hommes pratiquant la musculation, avec deux types de barres : une riche en glucides et l’autre enrichie en prébiotiques et protéines de lactosérum. Chaque participant a consommé un type de barre alimentaire au cours d’une visite à la clinique, puis a réalisé des exercices sportifs. Après une période de sevrage de sept jours, chaque participant a répété l’opération mais en consommant l’autre type de barre, puis les chercheurs ont collecté et comparé les données des deux visites.

 

Cette étude a permis d’établir que "la barre alimentaire mise au point, constituée de protéines de lactosérum et de prébiotiques, peut influer positivement l'homéostasie du glucose, aider à maintenir les performances de l'entraînement et à réduire les perceptions de douleur musculaire".

 

Source : NutraIngredients

 

La nutrition devra être encore plus personnalisée pour s’adapter au microbiome de chacun

Une nouvelle étude de l'Université du Minnesota aux Etats-Unis démontre que des aliments ayant des profils nutritionnels comparables peuvent avoir des effets très différents sur le microbiome en fonction des individus.

 

Dans le cadre de l’étude, 34 volontaires en bonne santé ont recueilli des données détaillées sur tout ce qu'ils ont mangé pendant 17 jours. En parallèle, les chercheurs ont analysé la diversité des microorganismes présents dans leurs échantillons quotidiens de selles.

 

Les chercheurs ont ainsi constaté que les choix alimentaires de chaque participant avaient bien une incidence sur leur propre microbiome, certains aliments augmentant ou réduisant l'abondance de souches bactériennes. Cependant, ils n’ont pas observé de corrélation directe généralisable à l’ensemble de la cohorte. Par exemple, la consommation d’haricots a augmenté la proportion de certaines bactéries chez une personne, mais a eu beaucoup moins d'effets chez une autre.

 

Par ailleurs, des chercheurs du King’s College de Londres et du Massachusetts General Hospital, associés à l’entreprise Zoe, ont mené PREDICT, une grande étude scientifique en nutrition. Cette étude, et d’autres en cours ou à venir, tendent à démontrer que la génétique n’a qu’un faible impact sur l’assimilation des aliments et leur effet sur la santé de chacun.

 

Ces résultats montrent que faire des recommandations diététiques pour améliorer le microbiome ne sera pas simple. Elles devront être personnalisées en tenant compte du microbiote intestinal, spécifique à chaque individu.

 

Source : NutraIngredients

FORMULATION DES ALIMENTS, PROCÉDÉS ALIMENTAIRES

Les microorganismes participent à la qualité du café

La revue Applied and Environmental Microbiology fait état de travaux de recherche menés en collaboration entre la Vrije Universiteit Brussel et le centre de recherche Nestlé sur la formulation du café. D’après les conclusions de ces travaux, il s’avère que des temps de fermentation plus longs peuvent en améliorer le goût. Les bactéries lactiques jouent un rôle positif important dans ce processus de fermentation, et d’autres espèces bactériennes sont également impliquées. Ainsi,  la qualité sensorielle du café dépend de ce traitement « microbien » ou préparation par voie humide, couramment utilisé pour l'Arabica et les cafés de spécialité.

 

« La recherche est menée dans une ferme expérimentale en Équateur et utilise l'analyse microbiologique, la métabolomique et l'analyse sensorielle », explique l’auteur principal, le Dr De Vuyst de la Vrije Universiteit Brussel.

 

Au cours d'une fermentation prolongée, les leuconostoques (bactéries lactiques à Gram positif, utilisées également dans la fermentation du chou (choucroute) et dans les pains au levain) laissent peu à peu la place aux lactobacilles, qui prolifèrent en plus grand nombre au cours de ce processus. Ces communautés microbiennes, en particulier les bactéries lactiques, ont un impact significatif sur la qualité organoleptique du café, en apportant notamment des notes fruitées. Elles peuvent également exercer un effet protecteur sur la qualité sanitaire du café pendant la fermentation en fournissant un environnement microbien stable et en bloquant la croissance de micro-organismes indésirables conduisant à des arômes désagréables.

 

Après avoir ainsi constaté la présence de multiples micro-organismes au cours de la fermentation du café en milieu humide (entérobactéries, bactéries lactiques, levures, bactéries acétiques, bacilles et champignons filamenteux), les chercheurs devront encore décrypter comment la plupart d’entre eux influencent les composés volatils présents dans les grains, qui contribuent à l'odeur du café : «  C’est l’accumulation complexe de métabolites liés à la fermentation des grains de café, qui fait la qualité sensorielle des cafés ainsi préparés ».

Source : asm.org

 

Des microparticules encapsulées pourraient aider à lutter contre la malnutrition

Deux milliards de personnes souffrent actuellement de malnutrition dans le monde, et plus particulièrement de carences en vitamine A ou en fer. Les micronutriments (vitamines, minéraux et oligoéléments) sont très sensibles et se dégradent rapidement en cas d’exposition à la lumière, à l’air, aux bactéries, ou en cas de traitement thermique (pasteurisation, stérilisation...). Pour pallier ce problème, une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a mené des travaux de biotechnologie pour encapsuler les micronutriments dans un polymère et faire en sorte qu'ils se conservent jusqu'à la consommation de l’aliment.

 

D’après les résultats de leurs expériences menées sur des rongeurs, la microparticule polybutylmethacrylate-co-(2-dimethylamino ethyl-methacrylate-co-methylmethacrylate) aurait fait la preuve de son efficacité en empêchant la dégradation des nutriments pendant le stockage ou la cuisson. Des tests en laboratoire ont aussi montré que les micronutriments encapsulés étaient indemnes après une ébullition de deux heures. L'encapsulation protégeait également les nutriments de la lumière ultraviolette et des composés oxydants, tels que les polyphénols, présents dans les fruits et les légumes. Lorsque les nutriments encapsulés ont été exposés à des conditions très acides (pH 1,5, typique du pH dans l'estomac), le polymère devient soluble et les micronutriments sont alors libérés.

 

La prochaine étape, selon Ana Jaklenec, auteur principale de l’étude, est de mener une expérience similaire dans un pays où de nombreuses personnes souffrent de carences en micronutriments. Les chercheurs s’emploient actuellement à obtenir l’approbation réglementaire du comité d’experts des additifs alimentaires de l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture et de l’Organisation mondiale de la Santé. Ils travaillent également à l'identification d'autres aliments qu'il serait utile d’enrichir, et à l'intensification de leur processus de fabrication afin de pouvoir produire de grandes quantités de micronutriments en poudre.

Source : MIT News 

COMPORTEMENT DES CONSOMMATEURS

Les allégations sur l'emballage des aliments auraient tendance à induire les consommateurs en erreur

Une étude menée par l’équipe de recherche dirigée par Pierre Chandon, professeur à l’Institut européen d'administration des affaires (Insead, Fontainebleau) fait le lien entre allégations présentes sur les emballages alimentaires et croyances du consommateur (Article Healthy Through Presence or Absence, Nature or Science?: A Framework for Understanding Front-of-Package Food Claims).

 

Au cours de l’étude, chaque participant se voyait attribuer l'un des trois objectifs suivants : manger sainement, manger pour le plaisir ou perdre du poids. Les chercheurs ont alors observé comment la présence ou le type d'allégation permettait de prédire les choix des consommateurs entre différents aliments. Il a été observé que les consommateurs qui ont pour objectif de perdre du poids ou de maintenir leur poids préfèrent fortement les affirmations qui suppriment les éléments négatifs (« faibles en gras », « faible en sucre »...). Les consommateurs avec un objectif d’alimentation saine ou plaisir, privilégient les allégations basées sur la naturalité (« fait maison », « sans conservateurs »...).

Or, il s’avère que la corrélation entre la présence d’une allégation « santé » et la qualité nutritionnelle réelle est très limitée. Les consommateurs s’attendent à ce que l’allégation soit un puissant facteur prédictif de la santé, du goût et des propriétés diététiques des produits. Les allégations n’affirment pas explicitement que le produit améliore la santé des personnes (ou les aide à perdre du poids ou à rester mince), mais les consommateurs ont interprété ces affirmations comme telles, et leurs perceptions ont influencé leurs choix.

 

Le consommateur est finalement induit en erreur par l’affichage marketing. « Cela devrait sonner l'alarme pour les organismes régulateurs. Le premier principe de la réglementation des allégations marketing consiste à garantir l'exactitude des messages, mais les décideurs doivent aller plus loin. Les allégations marketing doivent non seulement être exactes, mais ne doivent pas induire en erreur de manière que les consommateurs s'attendent à des avantages qu'un produit ne fournit pas », selon Pierre Chandon.

 

Source : eurekalert.org

 

Les bénéfices santé de la nutrition personnalisée prouvés par une étude

Selon une analyse réalisée dans le cadre d'un projet de recherche mené en collaboration par TNO (Netherlands Organisation for Applied Scientific Research) et l'Université de Wageningen, des conseils personnalisés peuvent générer plus de bénéfices pour la santé que des conseils génériques chez les personnes âgées.

 

L’étude a porté sur une période de neuf semaines, au cours de laquelle une partie des 59 participants a reçu des conseils personnalisés sur son mode de vie (déterminés avec des arbres de décision intégrant des facteurs biologiques et génétiques), tandis qu’une autre partie a reçu des conseils génériques (conformes aux recommandations nationales et internationales formulées par le Conseil néerlandais de la santé, le Centre néerlandais de la nutrition, et des groupes d’experts internationaux).

 

Les personnes âgées ayant reçu des conseils personnalisés ont vu leur tour de hanche et le pourcentage de graisse corporelle se réduire, tandis que leur résilience et leur motivation se sont améliorées au fil des semaines.

 

« La nutrition et la santé personnalisées sont encore un domaine de recherche relativement jeune et émergent. Jusqu’à présent, la plupart des études suivaient une approche relativement monodisciplinaire à l’égard de la nutrition personnalisée, et se concentraient uniquement sur quelques facteurs de personnalisation (par exemple la génétique) ou sur des aliments », rappelle Iris de Hoogh, chercheuse chez TNO.

 

Source : NutraIngredients

 

AGRICULTURE DURABLE

Plus que les produits phytosanitaires, la pollinisation par les abeilles accroît la rentabilité des cultures de colza

Après avoir analysé pendant quatre années les données collectées dans des parcelles d’agriculteurs des Deux-Sèvres, des chercheurs de l’INRA et du CNRS sont parvenus à démontrer que la pollinisation par les abeilles surpassait l’utilisation de produits phytopharmaceutiques dans le rendement et la rentabilité du colza.

 

La réduction des intrants chimiques peut-elle maintenir la production agricole et le revenu des agriculteurs ? Si de nombreuses études ont mis en évidence que les cultures dépendantes des pollinisateurs, telles que le colza ou le tournesol, peuvent produire de meilleurs rendements en présence d’une forte densité d'insectes pollinisateurs, en particulier d'abeilles, qu’en est-il des parcelles agricoles en agriculture conventionnelle, où l’usage de produits phytopharmaceutiques tels que les insecticides et les herbicides visant à réduire les bioagresseurs des cultures, a également un effet direct (mortalité) ou indirect (réduction de ressources florales) sur les insectes pollinisateurs ?

 

Les scientifiques ont quantifié les effets individuels et combinés des pesticides, de la pollinisation par les insectes et de la qualité du sol sur le rendement et la marge brute du colza (Brassica napus L.) sur une taille d’échantillon variant de 85 à 294 parcelles cultivées de 2013 à 2016. Cette étude démontre une augmentation de rendement et de marge brute (en moyenne de 15 % (119€/ha) et allant jusqu’à 40 % (289€/ha)) dans les parcelles avec une abondance de pollinisateurs maximale par rapport aux parcelles pratiquement dépourvues de pollinisateurs. Cet effet est toutefois fortement réduit par l'utilisation de pesticides. L’analyse des effets des produits phytopharmaceutiques (herbicides et insecticides) d’une part et de la pollinisation par les abeilles d’autre part, révèle que les deux stratégies permettent d’obtenir des rendements élevés ; mais seule la pollinisation par les abeilles permet une rentabilité économique plus élevée. Ceci s’explique par l’absence de coûts par rapport aux produits phytopharmaceutiques, et ces derniers n’augmentant pas suffisamment les rendements pour contrebalancer leur coût.

 

Source : The Royal Society

 

1 commentaires

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CLEMENT

09 décembre 2019 à 05h58

Bonjour, Très intéressé par l'article qui démontre que les abeilles, c'est mieux que les pesticides. Qu'en est-il des semences venant d'argentine résistantes aux herbicides ? Quand seront-elles mieux contrôlé, voir interdites ? (cf rapport de l'ANSES de novembre). Merci

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