12 mars 2021 / L'Observatoire des Tendances / Vitagora / International

Observatoire des tendances #25 : le Danemark, une nation alimentaire

Le Danemark : une nation alimentaire

Monarchie constitutionnelle de 5,8 millions d’habitants, le Danemark est un pays scandinave composé par la péninsule du Jutland et un archipel, bordé par la mer Baltique, la mer du Nord, et les territoires maritimes du Cattégat et du Skagerrak. Le Danemark est fortement engagé dans le secteur alimentaire – de la production agricole, à l’innovation, ou encore l’impulsion de tendances. 

 

Attentes des consommateurs, collaborations internationales, marché test pour vos innovations… Quelles opportunités retenir du royaume du Danemark pour les entreprises françaises ? Entretien avec Katrine Kallesoe Hagege, responsable investissement, et Katrine Dalsgaard Skovly, project manager, à « Invest in Denmark » du Ministère de Affaires Etrangères du Danemark.  

 

Le secteur alimentaire au Danemark : « petit… mais costaud ! »

L’agriculture danoise et le bio : un véritable conte de fées 

S’il s’agit d’un des pays les plus tertiarisés au monde (80% de la population active dans le secteur tertiaire), et bien que l’agriculture ne représente que 3% de sa population active totale, le Danemark est, paradoxalement, le pays avec la plus grande proportion de terres agricoles au monde (source : Natexbio).  Ainsi, 60% de son territoire est consacré à la production agricole (ou « surface agricole utilisée » - SAU), autour de trois secteurs majeurs (source : BusinessFrance) :  

  • Les céréales, dont 75% de la production est destinée à l’alimentation animale.
  • L’élevage (porc, bœuf, volaille et vison). Le Danemark est d’ailleurs le 1er exportateur mondial en proportion de sa production, avec 90% de sa production de viande porcine qui est exportée ;
  • La pêche ; le Danemark étant le 1er exportateur européen de poissons et fruits de mer.

Alors que la population danoise compte 5,8 millions d’habitants, la production agricole du royaume est telle que le pays pourrait nourrir 15 millions de personnes – soit presque trois fois sa population. Le pays est plus qu’autosuffisant dans plusieurs secteurs comme le porc (112%) ou la volaille. Cependant, la consommation de viande bovine (87%) ou encore d’œufs est supérieure à la production nationale.

 

 

La production agricole danoise est fortement caractérisée par son engagement dans la démarche « bio » : selon le Ministère des Affaires Etrangères du Danemark, en 2019, le bio représentait 11,3% de la surface agricole danoise (contre 8,5 % en France selon l’Agence Bio). Pionner en terme de législation, le Danemark a d’ailleurs été l’un des premiers pays au monde, dès 1987, à réglementer la qualité « biologique » des productions et produits alimentaires et l’usage d’un logo ; alors que le règlement européen ne voyait le jour qu’en juin 1991. Selon l’association danoise Organic Denmark, le cahier des charges du bio est également plus strict au Danemark que dans le reste de l’Union Européenne : par exemple, la législation danoise interdit l’utilisation du cuivre dans la production de fruits bio ainsi que l’utilisation de nitrites dans la transformation des produits bio, et la législation danoise exige beaucoup plus de couvert végétal dans les exploitations avicoles bio que ne le prévoient les règles de l’UE. A noter également : le Danemark est un pays où la taxation des pesticides est ainsi plus élevée que dans le reste de l’Union Européenne, incitant les agriculteurs à en minimiser le recours.

L’industrie agroalimentaire danoise : l’union fait la force

Laits, beurres et yaourts, mais aussi fromages (457,3M de tonnes de fromages produites en 2019 au Danemark, dont 85% sont destinés à l’export), viandes (54% 1,87 M de tonnes de viande produite en 2018 pour un chiffre d’affaires de 5,6M d’euros), céréales et pains, sont des secteurs très développés au Danemark. En savoir plus sur les opportunités de ces secteurs dans notre Fiche Pays « Danemark » à télécharger sur ce lien (exclusivité adhérents – se connecter à son compte).

 

Une forte particularité de l’industrie agroalimentaire au Danemark est sa structuration en coopératives. Celle-ci date du 19e siècle, alors que le pays, petit territoire de 5 millions d’habitants, produisait déjà plus qu’il ne consommait : les producteurs se sont alors regroupés pour valoriser ensemble leur production, notamment grâce à l’export en Europe, donnant raison à la stratégie de « chasse en meute ».

 

Aujourd’hui, cela permet à l’industrie agroalimentaire danoise d’intégrer pleinement la production des matières premières dans la transformation. Arla Foods, l’une des plus grosses coopératives du Danemark, est la propriété de plus de 12 600 producteurs laitiers. Elle concentre 90% de la production des produits laitiers danois. En 2018, son chiffre d’affaires était de 10 milliards d’euros en 2018, soit le double de celui d’Invivo, plus grande coopérative françaises, la même année (source : Usine Nouvelle).

 

Grande nation de commerçants, le Danemark est la porte d’entrée du monde – et notamment de l’Europe – aux marchés scandinaves. Et bien que l’euro n’y ait pas été adopté (la monnaie utilisée est la couronne danoise), le Danemark applique une politique de change quasi fixe avec la monnaie unique.

 

Les consommateurs danois : végétal, environnement… une longueur d’avance

Des consommateurs aisés et éduqués

Avec un PIB de 60 596 $/ habitant et un niveau de vie qui place le pays au 11e rang mondial, les consommateurs danois sont parmi les plus aisés au monde. La population danoise est également l’une des plus éduquée d’Europe, avec un taux d'alphabétisation de 100 % et un pourcentage d'élèves admis dans le secondaire très élevé.

 

Selon l’Ambassade de France au Danemark, les Danois consacrent environ 10-11% de leur budget à l’alimentation (contre 13% en France), ce qui correspond à une dépense de 33.200 DKK (4.482 €). Si cette part a baissé depuis quelques années, c’est principalement grâce à une hausse des revenus associée à une baisse des prix de l’alimentaire : en effet, en termes de montant, les dépenses pour les produits alimentaires ont au contraire augmenté d’environ 16 % entre 2008 et 2016 selon Eurostat.

 

De la viande aux protéines végétales : la naturalité prime

« Traditionnellement, les Danois sont de gros consommateurs de viande », précisent Katrine Dalsgaard Skovly et Katrine Kallesoe Hagege. En effet, l’alimentation au Danemark est ancrée dans des traditions populaires rurales : pommes de terre, viande, et produits laitiers se retrouvent dans les assiettes au quotidien. Première dépense alimentaire des Danois, la viande représente à elle seule près d’un quart du budget consacré aux achats alimentaires (source : Ambassade de France au Danemark).

 

En revanche, en 2016, le Conseil Danois de l’Ethique a recommandé au gouvernement d’imposer une taxe sur la viande rouge afin de diminuer l’impact écologique de la production de viande. Même si cette décision a été rejetée par le gouvernement, cela a provoqué une prise de conscience auprès des consommateurs et des professionnels. Depuis, la consommation de viande diminue (-5,3% pour la seule consommation de porc entre 2017 et 2018) et les restaurants ou entreprises ont développé leurs offres végétariennes ou végans. Aujourd’hui, plus de 50% de la population danoise se dit prête à réduire sa consommation de viande, notamment pour correspondre aux dernières recommandations gouvernementales plaçant le repère à 350g / semaine (soit une baisse de plus de la moitié par rapport à la consommation réelle !). Les motivations sont principalement la santé et la préservation des ressources environnementales, très chère au cœur des Danois.  

 

Face à la baisse de la consommation de viande, les protéines végétales font mouche au pays de la Princesse au petit pois. « Tout ce qui relève du végétal est dans la tendance », confirment Katrine Dalsgaard Skovly et Katrine Kallesoe Hagege. « Qu’il s’agisse de substituts de viande, de fromages, de yaourts, etc. » De nombreuses start-ups et jeunes entreprises voient le jour pour répondre à ces nouvelles attentes de consommation : Naturli’, Dryk, Simple Feast, etc., ainsi que des projets d’innovation menés par les universités danoises, comme par exemple le projet « INNOGRASS edible grass protein ». « Si l’idée est de remplacer les produits issus des animaux dans les habitudes de consommation (viande du plat principal par exemple), il ne s’agit pas, contrairement au marché américain, d’imiter la viande », complètent-elles. « Les Danois, attentifs à la composition des produits qu’ils achètent et à leur naturalité, ne sont pas de bonnes cibles pour des substituts de viande qui en imitent le goût et la texture par des ajouts d’additifs ou d’arômes : ils préfèreront des produits végétaux peu transformés, assumant leur différence de goût – et leur caractère naturel. Ainsi, les Danois sont notamment méfiants de la viande de laboratoire, et doutent de l’intérêt nutritif d’une viande qui n’a jamais vu le soleil ni mangé d’herbe. »

Environnement : manger… pour préserver les ressources

 

Le Danemark est le pays dont la part de marché du bio est la plus importante au monde par rapport au marché national : ainsi, les produits alimentaires bio représentent 12,1 % de son marché alimentaire total, et les consommateurs danois dépensent plus de 340€ en produits bio (source :

Fibl). Parmi les produits « bio » les plus consommés, l’on trouve : les produits laitiers (21% des produits laitiers consommés au Danemark sont bio), les œufs (25% de la production d’œufs est en bio), l’avoine, la farine de blé, les carottes et les bananes. Selon le gouvernement danois, 100% de la population danoise connaît et comprend le label bio. Un label spécifique à la restauration hors foyer a également été développé : « The Organic Cuisine Label », contrôlé par les institutions danoises, et permettant aux consommateurs de repérer si les produits utilisés sont bio ou pas, selon une échelle allant de bronze à or (en savoir plus sur ce lien).

 

« Le bio est énorme au Danemark », insistent Katrine Dalsgaard Skovly et Katrine Kallesoe Hagege, « car les consommateurs y associent des effets bénéfiques à la fois pour l’environnement et pour la santé. Mais aujourd’hui, il ne suffit plus. » En effet, au royaume pionnier du bio, « toute la consommation est pensée pour préserver l’environnement », expliquent-elles.  

 

Ainsi, en début d’année 2021, le gouvernement a mis à jour les recommandations alimentaires officielles (la dernière mise à jour datant de 2013). « Pour la première fois, les recommandations officielles ne sont plus seulement portées par des considérations nutritionnelles ou de santé : mais elles incluent également la conscience environnementale. » Ces recommandations, qui font partie de l’ambition gouvernementale de réduire l’empreinte climatique du Danemark de 70% d’ici 2030, visent à diminuer la production de CO2 en ajustant les habitudes alimentaires de la population danoise. Au total, 7 nouvelles directives « nutritionnelles et climatiques » viennent remplacer les 10 directives nutritionnelles antérieures. On y retrouve notamment les recommandations « mangez riche en végétal », et « mangez moins de viande - choisissez des légumineuses et du poisson ».  Accéder aux recommandations alimentaires du Danemark ici.  

 

« Cela est cohérent avec la culture danoise très tournée vers l’environnement, et par ailleurs, fortement marquée par le bon sens anti-gaspillage ancré dans les habitudes alimentaires depuis plusieurs années », détaillent Katrine Dalsgaard Skovly et Katrine Kallesoe Hagege. « Au Danemark, le système de consignes est extrêmement bien développé, tout comme le recyclage pour les emballages non-consignés ou encore la réutilisation des déchets alimentaires – valorisés pour le chauffage individuel par exemple. »

 

Conclusions : de multiples opportunités à creuser

Dans ce pays où l’on mange sain pour soi et pour l’environnement, quelles opportunités retenir pour les collaborations d’affaires ? Katrine Dalsgaard Skovly et Katrine Kallesoe Hagege sont enthousiastes : « le Danemark est une nation alimentaire, qui investit beaucoup en innovation. C’est une nation très ouverte, habituée aux échanges commerciaux à l’international mais aussi aux collaborations internationales et à l’interculturalité. »

 

C’est également un pays où la collaboration est facile. « Les Danois sont ouverts, pragmatiques. Il est aisé de se lier avec eux pour les affaires, qui sont d’ailleurs réputées très fluides et sans ambiguïté. »  Et cela semble peu dire : le Danemark a été placé n°1 en Europe pour la facilité à faire des affaires (selon le World Bank 2012-2016 et 2018-2020), n°1 pour les plus faibles coûts de redondance selon le World Economic Forum 2019, et n°1 au monde pour la motivation au travail selon IMD 2019.

 

 

Pour aller plus loin

Export, innovation, collaborations… pour en savoir plus sur les opportunités agroalimentaires au Danemark, vous pouvez me contacter directement par e-mail : berengere.moindrot@vitagora.com. Je vous invite également à télécharger ici notre « Fiche Export » sur le Danemark, où vous retrouverez des informations sur les tendances et opportunités des secteurs d’activité suivants : produits laitiers, fromage, viande, céréales et panification.

 

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